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Appel à contributions
Colloque international
“Re-member[1]”- Récit de soi, mémoire et identité
Les 10 et 11 avril 2015
Université Paris I Panthéon Sorbonne et Université Paris Ouest Nanterre La Défense
« Il n’y a plus rien ni personne pour nous dire qui de nous deux menaçait les autres enfants de l’école, trottinette à la main, sous l’œil impressionné de Bob : notre grand-père ne manquait jamais une récréation du haut de sa fenêtre du 7e étage. Ça le faisait vraiment trop rire. Les moulinets d’une « des filles » sont entrés dans la légende, et je ne sais pas si c’est toi ou moi : je me souviens précisément, oui, mais pas de qui. Ma mémoire d’enfant est la nôtre. »
Il nous semble souvent que notre mémoire conserve nos souvenirs tels quels, que ces souvenirs sont les nôtres et qu’ils constituent notre identité personnelle. Pourtant, nous construisons et reconstruisons sans cesse nos souvenirs, quand nous racontons notre histoire et quand nous l’écoutons racontée par d’autres.
Le rôle des récits dans la construction de soi a été mise en évidence par différentes disciplines, qui proposent des hypothèses et des perspectives diverses sur cette question.
Certains modèles neuropsychologiques de la mémoire, par exemple, nous apprennent que la mémoire épisodique n’est pas tant une faculté de conservation qu’une faculté de reconstruction des souvenirs, qui nous permet d’élaborer et de réélaborer en permanence le récit de notre vie (Shacter et Addis 2007 ; Desgranges et Eustache 2012). Certaines approches morales du soi ont décrit le lien entre la narrativité et l’espace social et partagé des récits, développant l’idée que le récit de mes souvenirs est enchâssé dans les récits d’autrui et dans des récits collectifs, qui le constituent (MacIntyre 1981). Des approches plus politiques de l’identité personnelle, comme les études féministes, les études de genre ou les études postcoloniales, mettent en évidence le caractère construit de l’identité, et nous aident à problématiser la façon dont le soi se construit dans des interpellations sociales et des assignations performatives (Butler 1990, 2005), ainsi que la mise en récit de soi dans des cadres collectifs et les dynamiques de construction d’identités collectives et d’identités de lutte (Dorlin 2008). Certaines perspectives historiques, généalogiques ou sociologiques mettent en lumière la construction historique des subjectivités, et le rôle des structures socio-historiques, culturelles et de pouvoir dans l’élaboration d’un récit de soi (Foucault 1976), de la mémoire (Halbwachs 1925) et de l’identité (Eribon 2009).
Il semble aujourd’hui urgent de faire dialoguer ces différentes disciplines pour analyser le rôle du récit dans la construction de soi, les différentes formes de récit de soi que nous pouvons produire et ce qui les détermine : à la fois pour comprendre les processus au travers desquels s’élabore l’identité, et pour comprendre dans quelle mesure nous pouvons-être les auteur.e.s, individuel.le.s et collectifs/ves, de nous-mêmes et de nos histoires. Il s’agit de produire une réflexion pluridisciplinaire sur la question du soi, à même de nous donner une véritable puissance d’agir, collective et individuelle, sur nos identités.
C’est ce lien entre le récit et l’identité, entre le récit et le soi, qui fera l’objet du colloque international “Re-member[2]” : Récit de soi, mémoire et identité. Il s’agit de faire dialoguer différentes approches et différentes disciplines pour analyser le « soi » et l’identité personnelle non pas comme des données d’état civil, mais comme ce qui se construit et se réélabore sans cesse dans des récits individuels et collectifs. Comment se construit le soi, selon quelles dynamiques (la mise en récit de son histoire, la reconstruction de souvenirs, le dialogue avec autrui…) et dans quels cadres (historiques, politiques, relationnels) ? Comment forme-t-on un récit de nous-mêmes ? A partir de quoi ? Pourquoi ? Comment le peut-on ?
Le colloque s’organisera autour de principaux trois axes thématiques :
1. Récit de soi et mémoire.
Le premier axe de travail développera une réflexion sur l’état des sciences de la mémoire aujourd’hui, en se centrant sur les relations entre la capacité à se raconter et la capacité à se souvenir, entre la mémoire autobiographique et le récit de soi.
(a) Quelle est la place de la mémoire personnelle dans la construction du récit de soi ?
(b) Comment le récit que nous formons au sujet de nous-mêmes reconstruit-il nos souvenirs ?
(c) Quel est le rôle du récit de soi dans des « pathologies » de la mémoire, comme la maladie d’Alzheimer par exemple : peut-il être une stratégie thérapeutique ?
(d) Comment distinguer la reconstruction « normale » des souvenirs épisodiques de la confabulation ? La distinction est-elle légitime ?
(e) Comment le concept de récit de soi peut-il éclairer les relations entre la définition de la pathologie et les conceptions sociales et normatives du sujet ?
2. Récit de soi et interpellation sociale.
Le deuxième axe se propose d’analyser le contexte socio-politique et historique de la construction du récit de soi.
(a) Quels sont les cadres politiques de la définition de soi ? Quelle identité sociale nous est assignée, selon quels processus, et en fonction de quelles normes ?
(b) Quelles sont les formes de résistance, individuelle et collective, à cette assignation d’identité ?
(c) Quels sont les rapports entre le récit de soi-même et les récits collectifs : Comment les récits personnels s’inscrivent-ils et se construisent-ils dans des récits collectifs d’une part ? Quels sont les rapports entre l’identité personnelle et les identités communautaires, collectives et politiques d’autre part ?
(d) Peut-on faire une généalogie du concept de soi en analysant, par exemple, les cadres socio-historiques de la production des subjectivités et les formes historiques et culturelles qu’a pu prendre le récit de soi ?
3. Récit de soi et fiction.
Le troisième axe porte sur les perspectives ouvertes par des formes artistiques et littéraires (principalement l’autobiographie, l’auto-fiction et la science-fiction) sur la construction du soi dans des récits.
(a) Quel récit de soi construit-on dans des formes littéraires telles que l’autobiographie et l’auto-fiction ?
(b) Quel éclairage ces récits apportent-ils sur les relations entre authenticité et fiction du discours sur soi ?
(c) Comment les récits de science-fiction (littéraires, cinématographiques, télévisuels, ou encore philosophiques dans le cas des expériences de pensée) problématisent-ils le concept de soi au travers de figures particulières, dont l’identité peut être problématique (par exemple les clones, les robots, les cyborgs) ?
Les deux jours de colloque se dérouleront à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et à l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense.
Au programme : des interventions en anglais et en français ; des tables-rondes thématiques ; des lectures de textes par leurs auteur.e.s et des projections de courts et longs métrages ; des ateliers d’écriture.
Si vous souhaitez participer à ce colloque, vous pouvez proposer :
– Une communication : envoyez un résumé de 300 mots maximum ainsi qu’un titre, et l’axe dans lequel s’inscrit votre intervention.
– Une lecture de texte ou une projection : envoyez le texte ou le film que vous souhaiteriez projeter, ainsi qu’une courte présentation de ceux-ci et de leur lien avec un ou plusieurs axes du colloque.
Merci d’envoyer vos propositions par mail au plus tard le 20 janvier 2015, avec « Proposition pour le colloque Re-member » comme objet du mail, à :
loraine.gerardinlaverge@u-paris10.fr
mona.gerardin-laverge@malix.univ-paris1.fr
Organisatrices
Loraine Gérardin-Laverge, (Doctorante en Philosophie sous la direction de Denis Forest, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Ireph)
Mona Gérardin-Laverge (Doctorante en Philosophie sous la direction de Sandra Laugier, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, PhiCo, axe EXeCO)
Comité scientifique
Francis Eustache, CHU Caen, Unité INSERM 1077
Denis Forest, Université Paris Ouest Nanterre La Défense
Sophie Guérard de Latour, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Sandra Laugier, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Jean-Michel Salanskis, Université Paris Ouest Nanterre La Défense
Intervenant.e.s invité.e.s
Didier Eribon, Université d’Amiens
Stanley Klein, Université de Californie Santa Barbara
Marie-Hélène Lafon
Kim-Sang Ong Van Cung, Université Bordeaux Montaigne
[1] Donna Haraway [2] Donna Haraway___________
Call for Papers
International Conference
“Re-member[1]”- Self-narrative, memory and identity
April 10-11, 2015
University Paris I Panthéon Sorbonne and University Paris Ouest Nanterre La Défense
(Paris, France)
“Nothing remains, no one is left to tell us which one of us was threatening other children at pre-school, under Bob’s impressed eyes: our grandfather never missed recess from his seventh floor window. It made him laugh so much. The sight of one of “the girls” twirling her scooter above her head became legendary, and I do not know if it is you or me: I remember precisely, yes, but I do not remember who. My child memory is ours.”
We usually think that our memory stores our memories as they are, that these memories are ours and constitute our personal identity. Yet we constantly build and rebuild our memories, when we tell our story and when we hear it told by others.
The role of stories in the construction of the self has been highlighted by several disciplines, which offer various assumptions and perspectives on this issue. Some neuropsychological models of memory, for example, claim that episodic memory is less a faculty of storage than a faculty of reconstruction, which allows us to develop and constantly recreate the story of our life (Schacter and Addis 2007; Desgranges and Eustache 2012). Moral perspectives on the self have described the link between narrativity and shared narrative space: the narrative of my memories is embedded in collective narratives and constituted by others’ (MacIntyre 1981). Political approaches of personal identity, such as feminist, gender and postcolonial studies, highlight the constructed nature of identity, and help us analyze how the self is constructed in social interpellations and performative speech acts (Butler, 1990, 2005), how we tell our own stories in collective groups, and how we build collective and political identities (Dorlin 2008). Some historical, genealogical or sociological perspectives highlight the historical construction of subjectivities, and the role of socio-historical, cultural and political structures in the development of a self-narrative (Foucault 1976), of memory (Halbwachs 1925) and of identity (Eribon 2009).
It seems urgent to create a dialogue among these different disciplines to analyze the role of narrative in the construction of the self, the various forms of self-narrative we can produce and what determines them. The aim of this conference is to understand which processes build our identities and how we, individually and collectively, can be authors of ourselves and of our stories. The primary goal is to produce multidisciplinary reflections on the issue of the self, which could give us collective and individual agency on our identities.
The relationship between narrative and identity, between the story and the self, is precisely the subject of the international conference “Re-member[2]” – Self-narrative, memory and identity, which aims to enable a dialogue between different approaches and disciplines, in order to analyze the self and personal identity, not as a notion restricted to administrative data, but as something constructed and constantly recreated in individual and collective narratives. Which dynamics – and within which historical, political, and relational contexts – shape the self and the self-narrative (creating the narrative of your own life-story, reconstructing your memories, speaking with others…).
The conference will be organized around three main themes:
1. Self-narrative and memory.
The first area of research is to discuss current sciences of memory, by focusing on the relationships between the ability to tell and the ability to remember, between autobiographical memory and self-narrativity.
(a) How does personal memory contribute to the construction of the self-narrative?
(b) How does our self-narrative rebuild our memories?
(c) What is the role of self-narrative in “pathologies” of memory such as Alzheimer’s disease: can it be a therapeutic strategy?
(d) How to distinguish the “normal” reconstruction of episodic memories from confabulation? Is the distinction legitimate?
(e) How can the concept of self-narrative shed light on the relationship between the definition of pathology and the social and normative conceptions of the subject?
2. Self-narrative and social interpellation.
The second area of research is to analyze the socio-political and historical context of the self-narrative construction.
(a) What are the political settings for self-definition and self-identification? How is social identity assigned to us, through which processes, and according to which norms?
(b) What are the forms of individual and collective resistance to this assigned identity?
(c) What is the relationship between the self-narrative and collective narratives? That is to say, how are personal stories built in collective narratives, and what links personal identity and community, collective and political identities?
(d) Is it possible to elaborate a genealogy of the concept of the “self”, by analyzing, for example, the socio-historical frames of production of subjectivities, as well as the various historical and cultural shapes of self-narrative?
3. Self-narrative and fiction.
The third area focuses on the prospects found in artistic and literary forms (mainly autobiography, auto-fiction and science-fiction) regarding the construction of the self in narratives.
(a) What kind of self-narrative is built in autobiographies and auto-fictions?
(b) What perspective can those works provide on the relationship between fiction and authenticity?
(c) How does science fiction (in literature, films, TV shows, or in philosophical thought experiments) question the concept of the self through specific types of characters, whose identity can be problematic (such as clones, robots, cyborgs)?
We welcome proposals in French or English for:
– Papers: Paper proposals should include a title and 300 words abstract. Please precise in which one of the three themes your paper is included.
– Reading or video: Please send the litterary text or the video you want to propose as well as a short presentation describing its link with the conference.
Please email your proposal to:
loraine.gerardinlaverge@u-paris10.fr
mona.gerardin-laverge@malix.univ-paris1.fr
The final deadline for submitting abstracts is January, 20th 2015
Organizers
Loraine Gérardin-Laverge, (PhD in Philosophy under the supervision of Denis Forest, University Paris Ouest Nanterre La Défense, Ireph)
Mona Gérardin-Laverge (PhD in Philosophy under the supervision of Sandra Laugier, University Paris 1 Panthéon-Sorbonne, PhiCo, axe ExeCO)
Scientific Committee
Francis Eustache, CHU Caen, Unity INSERM 1077
Denis Forest, University Paris Ouest Nanterre La Défense
Sophie Guérard de Latour, University Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Sandra Laugier, University Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Jean-Michel Salanskis, University Paris Ouest Nanterre La Défense
Invited speakers
Didier Eribon, University of Amiens
Stanley Klein, University of California Santa Barbara
Marie-Hélène Lafon
Kim-Sang Ong Van Cung, University Bordeaux Montaigne
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[1] Donna Haraway [2] Donna Haraway